"Le récital de Lieder procure des bonheurs uniques.
Il vous oblige à plonger au cœur de la poésie, à situer les textes dans un bain culturel".

Dietrich Fischer-Dieskau






En France, la place du récital deviendrait-elle marginale ? La formule est-elle souvent retenue dans les saisons musicales ? Le public viendrait-il écouter davantage un artiste qu’un répertoire ?

Pour sensibiliser le public à l'art du récital, si étroitement lié au texte, pourquoi ne pas imaginer de nouvelles formes de programmes où la mise en mot serait mise en valeur ? Le défi principal à relever est de permettre à un large public de percevoir le haut degré d’unité entre le mot et le son, afin de parvenir à ce que Furtwängler appelait la « communauté amoureuse ».

Dietrich Fischer-Dieskau s'exprime ainsi : « le récital de Lieder procure des bonheurs uniques. Il vous oblige à plonger au cœur de la poésie, à situer les textes dans un bain culturel ». L’art du récital correspond à son idéal artistique qu'il résume d'une phrase dans ses mémoires : « Faire connaître la musique par les musiciens et non les musiciens par la musique ».

« La musique de Schumann n’est pas faite que de notes. De l’intérieur, elle fait entendre des voix qui parlent, racontent ou crient. Elle fait voir des gens et des pays étranges. Elle rend sensibles des pensées et donne corps à des sentiments. Au sein du romantisme allemand, elle entretient d’intimes correspondances avec les tableaux de Carl Gustav Carus, qui devint à Dresde le médecin de l’âme du compositeur. » (Michel Schneider)

En 2006, pour le 150e anniversaire de la mort de Robert Schumann, j’ai voulu organiser autour de ses Dichterliebe un récital intitulé « Paysages de l’âme », qui mêlait musique, théâtre et peinture. Afin de restituer l’atmosphère de chaque Lied, une récitante intervenait dans le rôle de Clara Schumann en lisant une « lettre » de son mari conçue à partir de traductions de vers d’Heinrich Heine. La musique et les poèmes étaient accompagnés par la projection de tableaux du romantisme allemand contemporains aux Lieder.

Dans la lignée de ce concept, le concert Carnets de voyages est illustré par une projection d'oeuvres photographiques choisies pour renforcer l'atmosphère et souligner la notion de mouvement si essentielle en musique. Les poèmes de Robert Louis Stevenson et de Shakespeare sont mis en valeur par un comédien, assurant un lien entre la musique et l'image. Ce récital mêlant songs et mélodies françaises nous emène sur les chemins d'Europe à la redécouverte de Jacques Ibert, Roger Quilter, Gerald Finzi et surtout de Ralph Vaughan Williams (compositeur trop méconnu en France) dont nous célébrerons en 2008 le 50e anniversaire de la mort.